Assises de la Médiation Numérique

Au service des territoires et de leurs habitants - Ajaccio les 19, 20, 21 septembre 2011

E-inclusion



E-inclusion
En plus de dix années de politiques publiques en matière d’accès public à Internet, le travail de médiation des animateurs multimédia pour tenter de résorber le fossé numérique, qui était clairement identifié comme leur mission première, a évolué.
Une évolution qui suit logiquement les besoins et demandes des publics mais aussi celle des technologies et de leurs usages. S’il existe encore – estimé à 30% pour la France – des publics qui ne sont ni équipés, ni connectés et qui n’ont encore jamais utilisé Internet, le reste de la population a certes des équipements et des pratiques mais avec, pour grand nombre d’entre eux, une demande d’accompagnement face aux nouveaux usages qui se développent. Pour preuve, les espaces publics numériques sont encore très fréquentés, et en majorité par des personnes qui sont équipées chez elles.
Face à ce constat, il devient nécessaire, pour répondre à ces demandes très diversifiées, de déployer de nouvelles approches pour faire en sorte que tout le monde puisse aujourd’hui bénéficier de services devenus quasi obligatoirement accessibles en ligne et puisse évoluer dans une société toujours plus numérique.
>S’il est clair que la démarche est plus de l’ordre du développement des pratiques de l’Internet que de l’accès aux équipements, de nombreux foyers et notamment ceux les modestes, éprouvent encore des difficultés à financer un abonnement mensuel. En réponse à cette difficulté, des offres d’abonnement collectif sont proposés sur certains territoires où les lieux d’accès publics accompagnent les personnes dans l’installation et la découverte des outils et usages.
Pour toucher les publics les plus éloignés des TIC, d’autres pistes consistent à travailler en relation avec les acteurs locaux, à accompagner leur projet, à les informer, à les former pour intégrer les outils et les usages dans leurs pratiques sociales. Les médiateurs de l’accès public prennent alors le rôle de facilitateurs, de passeurs…
Une autre piste se trouve aussi sur le travail en transversalité. Construire des passerelles entre des secteurs qui travaillent peu ensemble permet de mieux se connaître, de se reconnaître dans ses compétences. Par exemple, créer du lien entre les acteurs de la politique de la ville, du secteur social, socio culturel c’est élargir le champ des possibles en terme de coopération, de co-réalisation de projets, tout en renforçant le sens des actions conduites.

Mais la fracture numérique ne concerne pas que ces publics. Grand nombre de personnes équipées peuvent se sentir démunies face à certaines pratiques, face aux évolutions techniques, sociales ou législatives… Et les réponses ne sont pas toujours faciles à trouver.
L'entrée dans cette thématique est proposée, de façon temporaire, autour de quelques questions:
- Quelles nouvelles formes de médiation existent ou restent à imaginer pour répondre à l’ensemble de ces demandes et publics ?
- Comment toucher les publics qui ne viennent pas dans les espaces et s’assurer que le numérique ne soit pas un facteur supplémentaire de marginalisation ou d’exclusion ?
- Comment s’appuyer sur leurs pratiques et projets pour introduire l’usage du numérique ?
- Comment innover pour répondre aux multiples formes et réalités des fossés numérique ?...

Le référent de cette thématique est Elisabeth Le Faucheur-Joncour, Ville de Brest

La proposition de travail pour cette thématique pendant les assises


Introduction de la thématique par Annabelle Boutet

Annabelle Boutet a été sollicitée pour introduire la thématique lors des Assises. Elle proposera au début de l'atelier thématique une définition de la e-inclusion qui guidera les travaux menés.

Notre propos introductif visera principalement à fournir des définitions à des concepts qui structurent aujourd'hui la compréhension de l'appropriation sociale des TIC. À ce titre, nous mettrons en balance d'une part, les notions de fossé numérique et d'e-inclusion; et, d'autre part, les concept d'appropriation et d'identité.

Alors que la notion de 'fossé numérique' apparue dans le milieu des années 1990 aux États-Unis, a essentiellement servi à constater et à évaluer des inégalités que certaines actions politiques ont tenté de réduire (ex : soutien et développement des EPN, distribution d'ordinateurs dans les établissements scolaires, etc), la notion de e-inclusion, apparue vers la fin des années 2000 déplace la problématique d'une dimension de l'avoir vers une dimension de l'être. Il s'agit alors de raisonner et d'agir en favorisant les processus d'intégration ou d'insertion dans la société. Le e- soulignant la capacités particulières des TIC à favoriser des démarches de reconquêtes d'identités sociales, d'estime de soi, etc.

Par ailleurs, dans la généalogie des usages, l'un des principes forts est que l'usager n'est pas un être passif face à la technique. L'appropriation tend alors vers la familiarisation des usages et passe notamment par un désenchantement de la technique, autrement dit par la perte progressive de son caractère extra-ordinaire, par un réajustement entre les attentes, souvent magnifiées et les usages réels plus modestes. L'usager met notamment en œuvre des tactiques d’appropriation visant à l’élaboration de modèles spécifiques qui produisent un ‘agencement qui lui est propre’ des fonctionnalités de l’objet technique. Cette démarche consiste pour chacun à construire son propre parcours en architecturant un ensemble de facteurs : son environnement et son entourage, sa trajectoire de vie et son expérience - notamment avec les techniques -, ses ressources sociales, cognitives, économiques, etc, son identité qui est double (voire multiple) car elle est à la fois personnelle (l'idée que l'on se fait de soi) et sociale (l'idée que les autres se font de nous). Ce qui veut dire que les processus d'appropriation ne sont pas uniformes mais le résultat d'actions, dans un monde peuplé d'acteurs en interactions les uns avec les autres.

Les outils de contribution


Stéphanie Lucien-Brun